(Suite...)

On l'a vu avec le Maharal de Prague, il faut déplier intellectuellement les choses. J'ai donc beaucoup travaillé.

C'est pourquoi je suis sans pitié avec les pitres, les histrions, les esprits médiocres qui règnent à Paris. Il faut travailler jusqu'à en crever. Il faut étudier jour et nuit quand enfin on découvre la voie de l'étude. Pas de demi-chemin. C'est ça qui a plu à Sartre. J'aurais été un peu mièvre : «heu, j'ai quelques questions, on va en débattre», c'était l'échec.

Je ne débattais pas. C'était : on fonce parce qu'on est pris à la gorge. Ça passe ou ça casse. Je ne suis pas un démocrate de ce point de vue là. Je ne sais d'ailleurs pas dans quel sens je pourrais l'être, puisque dans le livre que j'ai écrit qui est l'expression de tout ce travail intellectuel, je critique tous les fondements de la démocratie, comme étant la Guenéva par excellence. Le Maharal dit de Edom que c'est un Ganav, un voleur. La Guémara, dans Avodah Zarah dit de Edom qu'il n'a ni Ktav ni Lachon, ni écriture ni langue. Les rabanim n'ignoraient pas le latin; des mots latins se trouvent dans la Guémara. Ils veulent dire que Edom n'avait pas la capacité autonome de créer un Tarbouth - une initiation, une culture - digne de ce nom. Ils ont puisé une culture chez les Grecs. Notre problème c'est le grec. La fête principale pour moi, c'est Hanouka. Quand arrive Hanouka, je suis tout intensité. Le fond de la civilisation occidentale c'est le vol, et la démocratie a tout simplement volé le Sinaï. Remplacer le Ma'amad Har Sinaï par le pacte social symbolique, et vous avez compris le mécanisme du vol. Je dois aller parler à l'école de la cause freudienne de Paris, à des gens sérieux. Ils ont compris que je parlais d'eux quand je parlais de l'empire du rien, suivant le Maharal qui dit qu'Edom c'est le העדר Hé'eder - le rien, le néant. Donc la loi symbolique, c'est l'empire du rien. La vie brûle, le temps presse - finis les ronds de jambe. La guerre d'indépendance juive commence. Je le dis à Jérusalem, sans peur, car ici, je suis chez moi,puisqu'enfin étranger. Hommes de gauche, hommes laïques, lisez les livres au moins, vous qui enseignez à l'université de Tel Aviv, de Bar llan ou de Jérusalem. Vous savez bien que le principal problème de l'état démocratique - lisez Hobbes, Spinoza, Rousseau -c'est la religion civile. Ils savent qu'il ne peut y avoir d'état démocratique sans ce qu'ils appellent la religion civile. Vous avez, hommes de gauche juifs, une chance incroyable par rapport aux Français, par exemple, de pouvoir faire une religion civile pour votre état démocratique. Respecter Chabbath, respecter les rashei d'Israël dans la non-constitution. Robespierre a manifesté pour l'Etre suprême, c'était ridicule. Mais un juif qui dirait : Chabbath c'est pour les juifs, serait dans le Séder haMétsiouth, Séder haolam. Il serait normal. Soyez normaux, hommes de gauche, hommes laïques. Je ne vous demande pas d'être comme moi, de m'imiter, de mettre tout le matériel de camping, chapeau noir, etc .... Mais, au moins, soyez comme Sartre, travaillez ! Laissez-vous traverser par la recherche de la vérité. Regardez les choses en face: dévarim Nitsavim baChamaïm - les choses sont écrites dans le Ciel depuis deux ans. Les dévoilements sont évidents, mais on doit les mériter, on doit être Raouï. Mon maître disait: Haqadoch Baroukh Hou Mahazir Chékhina leTsion, le bon D. s'occupe de ramener la Chékhina -la présence divine - à Sion, et nous on s'occupe d'élections !

Jérusalem

La Guéoulah s'impose - c'est-à-dire un Guilouï, un dévoilement. Le révélant nous rattrape. Rien dans les mains, rien dans les poches, à part mon "viatique" et mon "accordéon". Pas de glaive dans les reins, pas de vision, aucune hallucination. Je n'ai pas CRU. Rien de tel : on travaille et on lern - on étudie. Quand je suis entré à la Yéchivah à Strasbourg, j'étais encore athée. Il faut lernen de plus en plus pour se débarrasser de l'athéisme, la Klipa par excellence. Et ça m'a amené à Jérusalem. Je crois avoir eu les meilleurs maîtres en France, et je leur suis immensément reconnaissant de ce qu'ils m'ont appris. Mais c'est à Jérusalem, dans la Torah d'Eretz Israël aujourd'hui qu'on va jusqu'au bout du retour à la Torah. Torah de Hachem, pas comme éthique. Il paraît que l'emblème publicitaire du judaïsme français c'est le juif - nehmad, gentil, qui se tourne vers autrui. Il y a certes plus de gentillesse dans une shoule parisienne que dans les rapports des gens de Tel Aviv avec nous. Ici, les mœurs sont plus dures, mais ce n'est pas la société israélienne qui m'intéresse. Il s'agit de mon monde, le monde de la Torah. Là, je ne suis pas étranger, il est mien, totalement. Il est étranger à la terre. Dans ce monde là il y a une dureté du retour, tellement dure en son fond.

A Jérusalem, on est dans le Makom. Se révèle à nous le Makom - un des noms de Hakadoch Baroukh Hou qui est kinouï. Et ça, je ne l'ai pas eu en France. Il y a de véritables 'Ikouvim - de véritables empêchements à ce déploiement de la Torah.

Quand je suis arrivé, je savais simplement que je voulais la pierre de Jérusalem, que c'était אבן Even - בן אב Av Ben. Que l'air - le Avir - de Jérusalem donnait la Hokhma. Je ne savais pas comment j'allais avoir ma Parnassa, je n'ai pas fait de cadre. Six mois plus tard, Hakadoch Baroukh Hou est doux tout en étant dur, m'a donné ce que je voulais: un maître. La première fois que je l'ai entendu, j'ai dit : Matsati - j'ai trouvé - comme quand on rencontre sa propre femme. Et ce sentiment là depuis six ans et demi non seulement n'a pas diminué mais d'intensité en intensité il est devenu totalement immobile en moi. C'est le meilleur cadeau que je puisse vous offrir comme conclusion: trouvez comme moi, acquerrez un maître.

Prof. Benny Lévy


Benny Lévy

Voir aussi : Quelques Dates...

Biography (English)

« Je me souviens d'un été où, en vacances avec Sartre (j'ai souvent raconté cet épisode), je lisais un passage en français du Séfer Yetzira (“le Livre de la Formation”) : le monde, disait ce texte, était créé avec des lettres. Sartre regardait mon visage en feu : la vérité parlait, j'en étais sûr, et je ne comprenais pas un mot. La grande voix, qui ne s'arrête pas, immédiatement révélante : en l'absence du Maître qui articule les paroles, la révélation tourne à l'incompréhension. Surconscient virant à quelque inconscience. La question - la seule question juive que je connaisse - comment la hokhma (la science) advient-elle seulement à qui sait ? Où se brise le cercle vicieux de l'ignorance ? »

Etre juif, Verdier,2003, p. 13

 

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